Curaçao, un cocktail explosif

Un premier ministre qui parle de « coups d’Etat impérialistes », une opposition qui l’accuse de liens avec un mafieu sicilien, le tout sur fond de marche vers l’indépendance, le petit paradis fiscal des Antilles Néerlandaises est en pleine ébullition. Le week-end dernier, les Curaquenos ont voté pour le futur de leur île, sous les yeux attentifs de leur voisin Vénézuélien, le socialiste Hugo Chavez.

A première vue, Curaçao est un îlot paradisiaque de 140 000 habitants, dont les maisons colorées, les magnifiques plages et la politique fiscale avantageuse attirent touristes et capitaux étrangers. Mais la situation a dégénéré il y a quelques semaines, dans l’indifférence générale.

Un coup d’Etat dans l’eau

Tout commence le 13 septembre. L’Assemblée de Curaçao vote contre le premier chef de gouvernement indépendant de l’île, Gerrit Schotte, après seulement deux ans de mandat. L’élu déchu critique immédiatement « l’achat » de voix de députés par « l’impérialisme néerlandais », sans preuves tangibles, et refuse de quitter son poste. Le 30 septembre, jour de la passation des pouvoirs, le jeune orateur s’enferme dans son bureau et parle sur la chaine TeleSur de « coup d’Etat ».

Il reçoit rapidement le soutien du groupe vénézuélien au Parlement LatinoAméricain, mais les autres institutions du continent, notamment l’Unasur, restent étrangement sourdes à ses supplications. Pourtant, il est plutôt extraordinaire que la plus haute instance d’un paradis fiscal crie au coup d’Etat. D’après l’ancien consul du Vénézuela à Curaçao, Lorenzo Angiolillo, Gerrit Schotte n’a obtenu aucun des soutiens escomptés car le processus de destitution a été « tout à fait légal ».

Le Curacao dream

Cette accusation de coup d’Etat ressemble fortement à un baroud d’honneur. A la tête d’une coalition de frères ennemis, déjà englué dans une crise économique importante, Gerrit Schotte n’a cessé de s’empêtrer dans les scandales de corruption. La petite île, ancien repère de pirates et autres boucaniers, connaissait l’achat de votes contre un smartphone, mais elle n’avait jamais envisagé de voir débarquer un mafieu sicilien.

Francesco Corallo, ancien ambassadeur de la Dominique à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), placé cet été sur la liste rouge d’Interpol, s’est vu récemment offrir par Schotte un poste à la Banque Centrale de Curaçao, pour ses « qualités de businessman». Gerrit Schotte se présente lui-même comme un self-made man. Né dans une famille modeste, il a interrompu ses études mais est devenu de fil en aiguille propriétaire de diverses entreprises, depuis l’habillement jusqu’au paint-ball, et même manager de casino.

Les relations de Schotte, et d’autres scandales, ont conduit à la création d’un Wikileaks propre à l’île, Curaleaks. Cependant, selon Mickael Besse, un français qui travaille depuis 20 ans entre Curaçao et le Vénézuéla, « la corruption existe depuis longtemps, sans être endémique. C’est un petit pays où il ne se passe presque rien. » Rien ?

Chavez sonne les trompettes de la renommée

Depuis les soulevements populaires des années 1960 contre l’élite Hollandaise au pouvoir, le calme règne sur cette langue de terre du Pacifique. Pour le reste du monde, Curaçao n’est qu’un cocktail à base d’oranges amères inventé à leur arrivée par les colons espagnols, ou bien l’endroit où Danny Glover tourne un film sur une révolte d’esclaves, qui devrait sortir dans quelques mois à l’occasion des 150 ans de l’abolition de l’esclavage dans cette partie des Antilles.

Mais voilà que le remuant Hugo Chavez commence dans les années 2000 à dénoncer la présence d’une « base avancée » des Etats-Unis à une cinquantaine de kilomètres des côtes du Vénézuéla, et le petit paradis fiscal oublié de tous apparaît à chacun. Si rien ne transparait, la situation est explosive.

Environ 250 militaires américains sont en effet implantés depuis 1999 sur cette plaque tournante du trafic de cocaîne, officiellement pour intercepter la drogue venant par avion du continent. Or, début 2010, le ministre des Relations Extérieures Vénézuéliennes a durement critiqué la « violation de son espace aérien » par des avions provenant de cette base. Quelques années plus tôt, il clamait avec force que le peuple vénézuélien « ne se laisserait pas intimider » par la venue d’un porte-avion américain dans la zone.

Un paradis fiscal aux étranges amitiés

Si, selon le consul honoraire Français à Curaçao Jean-Marie Pradin, « Curaçao a toujours entretenu des relations favorables avec le Venezuela indépendamment des partis politiques au pouvoir », la coalition souverainiste et « anti-impérialiste » menée par le nouveau premier ministre s’est particulièrement rapprochée de son voisin révolutionnaire. Autoproclamé candidat « du peuple », Gerrit Schotte a fondé une partie de sa popularité sur sa politique sociale. Au printemps 2012, il a ainsi signé un accord avec le Vénézuéla pour importer la Mision Milagro, ce programme socialiste destiné à offrir l’accès gratuit aux soins ophtalmologiques. Gerrit Schotte a aussi désamorçé l’un des thèmes historiquement sujet à frictions, l’avenir de l’immense raffinerie de l’île, propriété de l’entreprise d’Etat Vénézuélienne PDVSA depuis 1985. Sa cession à une multinationale est revenue sur la table un jour avant l’élection.

Curaçao frelaté trouve acquéreur

Le 19 octobre, les Curaquenos ont donc voté pour le futur de leur îlot. Jusqu’à ce jour, Gerrit Schotte a bénéficié d’un fort appui populaire, mais, abattu par les polémiques, il n’a finalement pas récupéré son siège de premier ministre. A la surprise générale, c’est l’indépendandiste et candidat anti-corruption Helmin Wiels qui sort grand vainqueur de ces élections législatives.

Tiraillée entre un futur Hollandais ou Caribéen, harcelée par son passé colonialiste, pressionnée par des intérêts géopolitiques qui la dépassent, la petite île paradisiaque est en pleine crise identitaire. Une seule certitude, ce n’est pas le fragile débat européen sur les paradis fiscaux qui inquiète le plus les habitants de Curaçao.

 

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Conflits sociaux : le Pérou doit choisir entre or et eau

Le gouvernement péruvien a décrété dans la nuit de lundi l’état d’urgence face à des manifestations de mineurs, pour la seconde fois depuis l’élection à la présidence du socialiste Ollanta Humala il y a 10 mois.

Espinar. Crédit Irradiador.com

La mesure, qui concerne la province d’Espinar dans le sud-est du Pérou, a été prise après 8 jours de heurts avec la police. Lundi, deux civils ont été tués et une cinquantaine de personnes blessées dont 30 policiers, selon le ministère de l’Intérieur. Pendant 30 jours, les garanties constitutionnelles concernant la liberté de réunion et de circulation sont suspendues.

A l’origine de cette radicalisation, l’échec des négociations du gouvernement de Ollanta Humala lundi matin avec le Front de Défense d’Espinar, qui accuse le groupe suisse Xstrata Tintaya de polluer les cours d’eau en exploitant une mine de cuivre et demande un audit international. 1200 policiers protègent actuellement les installations de Xstrata au sud du pays. Le maire de la province d’Espinar, Oscar Mollohuanca, a déposé le 24 novembre 2011 une plainte contre l’entreprise au motif de mise en péril de la santé. D’après la Confédération Nationale des Communautés du Pérou Affectées par l’activité Minière (Conacami), des enquêtes indépendantes menées dans la région ont démontré que la teneur en métaux lourds de l’eau potable dépasse de multiples fois les valeurs limites, ce qu’a infirmé aujourd’hui le groupe par communiqué, tout en assurant vouloir des études complémentaires. Xstrata Tintaya, qui a racheté le gisement en question au géant minier BHP Billion en 2006 et a promis 1,5 milliards d’investissements d’ici 2015, est aussi accusée de pollution en Colombie autour de la mine de Cerrejon.

Grands Projets

C’est la question de l’accès à l’eau qui se joue au Pérou, comme dans de nombreux pays d’Amérique Latine. Dans un pays qui compte parmi les mieux dotés en eau au monde selon l’Autorité Nationale de l’Eau péruvienne, 25% des 11 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau courante. Un Plan National des Ressources Hydriques a été lancé à la fin des années 2000 face à cette réalité, mais les grands projets mis en place, comme Chavimochic ou Majes Siguas II, accélèrent la désertification de l’intérieur du pays et dans la capitale, Lima. C’est la Banque Mondiale qui avait proposé ce genre de projets dans les années 1970, afin de rendre les vallées côtières verdoyantes. L’opposition dénonce un manque de volonté politique d’investissement en infrastructures, pour que l’eau puisse parvenir à tous, et la consommation toujours grandissante des groupes miniers. Est aussi critiquée la dichotomie normative entre la loi de 2009 qui protège les sources d’eau et la loi qui permet aux entreprises minières de les exploiter.

 

Pollution et opposition

En mars, le Défenseur du peuple péruvien Eduardo Vega a déclaré que sur 152 conflits sociaux cette année, 133 sont d’origine environnementale, « à cause de l’augmentation des investissements dans l’industrie minière. » Les dialogues ne donnent rien, le gouvernement cherche à gagner du temps pour empocher les bénéfices de cette nouvelle manne, mais pendant ce temps la colère s’accumule.

Jeudi dernier une nouvelle grève générale a été décidée à Cajamarca, contre le projet Conga de l’Américain Newmont. Les grèves et blocus ont débuté à la mi-novembre 2011 dans cette région du nord du Pérou contre ce projet d’extraction d’or et de cuivre à ciel ouvert, à 3500 mètres d’altitude, où naissent les sources de rivières irriguant les vallées fertiles de toute la région et la ville de Cajamarca (220 000 habitants).En février, un millier d’autochtones avaient parcourus 860 kilomètres à pied jusqu’à la capitale en signe de protestation.

Ollanta Humala doit affronter ses contradictions. Il a promulgué en septembre 2011 une loi qui rend obligatoire l’approbation des communautés locales pour l’implantation d’une nouvelle mine, et s’est prononcé pendant la campagne électorale en faveur de mécanismes de consultation populaire, au point mort. Le conflit minier concernant 2000 employés de la raffinerie Doe run à La Oroya dans le centre du pays n’est toujours pas résolu, 4 ans après les premières amendes pour pollution. La Oroya est l’un des dix villes les plus polluées au monde, en particulier avec le plomb et l’arsenic.

 

 

 

 

Le continent rose soutien Hollande

L’Amérique Latine a exprimé lundi ses attentes au nouveau président français.

Pour l’autodétermination et l’anti-impérialisme

Dilma Roussef (Rose foncé, Brésil) : »Je suis certaine que nous partageons des positions qui nous permettront de travailler ensemble dans les forums internationaux, tels que le G-20, et d’apporter des modifications aux politiques de récession qui prévalent aujourd’hui et qui ont été si malheureuses pour les pays d’Amérique latine dans le passé ».

Hugo Chavez (Rouge, Venezuela) : « Pourvu que ce gouvernement socialiste marque un tournant. Je suis bon ami de l’ex président Chirac, on a eu d’excellentes relations. Mais regarde comme a fini le gouvernement français subordiné à l’impérialisme yankee, mettant la pression contre la Syrie et la Lybie et soutenant le FMI. Pourvu que la France se joignent à ceux qui luttent pour l’autodétermination des peuples et le monde multipolaire. »

Evo Morales (Rouge, Bolivie) : « Il faut renforcer nos liens contre la crise financière internationale et créer ensemble un agenda commun pour soutenir un nouvel ordre mondial. La crise soulève la nécessité de développer de nouveaux paradigmes qui répondront à la volonté libératrice et transformatrice des nations. »

Daniel Ortega (Rouge, Nicaragua) : « Nous apprécions grandement que sa victoire, car elle réinstalle les valeurs républicaines et met en évidence la solidarité contre l’empire des marchés. »

Pour la croissance

Cristina Fernández de Kirchner (Rose foncé, Argentine) : « La proposition du nouveau président sur la croissance et la création d’emploi et pas seulement de l’ajustement nous paraît très intéressante. »

Pour la continuité politique

Juan Manuel Santos (Bleu, Colombie) : « J’espère que les relations entre la Colombie et la France, et entre l’Europe et l’Amérique latine, continuer sur la voie droite qui a conduit le Président Sarkozy et les relations peuvent être renforcées à l’avenir »

Felipe Calderón (Rose clair, Mexique) : « Je souhaite que s’ouvrent de nouvelles possibilités d’élargir le dialogue et les relations économiques et d’accroître la coopération dans tous les domaines. »

Ollanta Humala (Rouge, Pérou) : « J’évoque mon désir ardent de renforcer les liens traditionnels d’amitié, de compréhension et de coopération qui unissent nos deux pays. »

Pour la démocratie et la justice sociale

Raphaël Correa (Rouge, Equateur), 07/05 : Le leader de la « Révolution citoyenne » a salué le « triomphe de la démocratie » en France et les positions du futur président français « en faveur de la croissance, de l’emploi, de l’intégration et de la justice sociale. »

Rien de la part de Fidel Castro (Rouge, Cuba), Sebastián Piñera (Bleu, Chili), Fernando Lugo (Rose foncé, Paraguay), Porfirio Lobo Sosa (Bleu foncé, Honduras) ni des autres présidents.

Si le continent rose soutien Hollande, c’est avec moins de passion que Mélenchon, qui affirme que  » L’Amérique du sud est la principale source d’inspiration du Front de gauche« . Le « petit Chavez à la française« , comme l’appelle Le Figaro, a été le seul candidat à recevoir le soutien direct d’un président latino. Le 9 avril, Raphaël Correa d’Equateur lui écrivait dans une lettre personnelle : « Reçois, cher Jean-Luc, au nom du gouvernement de la Révolution citoyenne, de tous les révolutionnaires d’Equateur et de mon nom propre, le soutien à ton projet de vie au service de ton pays.« 

Grève des policiers au Brésil, le gouvernement destabilisé

Le gouvernement de Dilma Rousseff est en alerte. Depuis une semaine une grève de la police militaire de l’Etat de Bahia au Brésil paralyse la capitale, Salvador de Bahia. Plus de 90 morts, les commerces fermés, des pillages, une explosion de la criminalité, la présidente a du envoyer l’armée sur place vendredi dernier. Les négociations sont en cours, les gouverneurs des autres Etats du Brésil craignent la contagion.

Militaires devant l'Assemblée de l'Etat brésilien de Bahia, occupée par des policiers en grève. Photo AP

Un tiers des forces de police de l’état de Salvador environ sont rentrées en grève mardi dernier afin de demander une augmentation de salaire. 3000 militaires et 4 tanks ont d’ors et déjà été envoyés aux alentours de la capitale de la région de Bahia par l’Etat fédéral. Les policiers brésiliens sont mal formés et gagnent une misère relativement aux risques qu’ils encourent. Le salaire moyen d’un fonctionnaire de police dans cet Etat est de 867 dollars par mois. Les grévistes demandent une augmentation de 30%, contre les 6,5% proposés par Jacques Wagner, le gouverneur de la province. Toujours enfermés dans le Palais de l’Assemblée législative de Bahia et encerclés par plus de 1000 militaires, les 200 policiers sont sommés depuis dimanche de livrer 11 de leurs leaders à la police fédérale, ce qu’ils refusent. Ils réclament une amnistie générale, et affirment qu’ils se défendront avec leurs armes. Une quarentaine d’hommes du Commando d’Opérations Tactiques de la police fédérale est arrivée sur place en cas d’assaut.

Les gouverneurs d’autres Etats Brésiliens se sont réunis ces derniers jours pour éviter une contagion du mouvement de rebellion. Des voix se sont fait entendre en ce sens par la police militaire de Rio de Janeiro. Les policiers de Salvador de Bahia sont soutenus par leurs familles et une partie de la population. Une attaque frontale pourrait signifier une rupture psychologique à long terme avec les forces de police.

Le conflit social soulève aussi d’autres enjeux. Environ 10% des touristes ont déjà annulé leur réservation pour le carnaval de Salvador de Bahia, qui débutera dans moins d’une dizaine de jours, alors que la ville attend plusieurs millions de touristes. Salvador sera aussi l’une des villes-hôtes de la prochaine coupe du monde de football en 2014.

Malouines : Les îles de discorde

Le 30e anniversaire de la guerre des Malouines, en avril, ravive les tensions entre Anglais et Argentins. Depuis mercredi 18 janvier, les accusations de colonialisme fusent de chaque côté.

La guerre des Malouines est un véritable traumatisme pour les deux nations. 649 Argentins et 258 Britanniques y ont perdu la vie. Si ces petites îles de l’Atlantique-Sud appartiennent au Royaume Uni depuis 1833, l’Argentine n’a jamais cessé de réclamer leur rattachement, dénonçant le colonialisme anglais. Les tensions ont augmenté ces dernières années à propos de l’exploration pétrolière autour des Malouines, sans que l’accord d’entente cordiale du 14 juillet 1999 ne soit pour autant remis en cause.

Mercredi 18 janvier, c’est David Cameron, le premier ministre britannique, qui a accusé, devant les députés, l’Argentine d’adopter une « attitude colonialiste » à propos des Malouines. En réponse, le ministre des affaires étrangères argentin, Hector Timerman, a déclaré aujourd’hui à l’agence d’information officielle Telam que la Grande-Bretagne était un pays «synonyme de colonialisme». Il a ajouté que « la Grande-Bretagne, en déclin impérial, décide de réécrire l’histoire». Dans le même temps le ministre de l’intérieur Florencio Randazzo a déclaré que les propos de Cameron étaient « totallement offensifs ».

L’Argentine n’est pas sur la défensive. Depuis des mois le gouvernement Kirchner accumule les déclarations pour réclamer des négociations autour des Malouines. Cristina Kirchner, le 21 décembre 2011, a relancé les hostilités en déclarant :  » Le Royaume-Uni est un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et pourtant il ne respecte pas une seule, pas une seule résolution. Nous ne leur demandons pas de venir ici et de reconnaître que les Malouines sont argentines, mais ce que nous réclamons, c’est que le Royaume Uni ce qu’ont demandé les Nations Unies, que les deux parties s’assoient pour dialoguer, dialoguer, dialoguer. » En plein coeur de la tourmente, Héctor Timerman a déclaré aujourd’hui 19 janvier que la seule solution possible est de commencer des négociations bilatérales directes. Dans son intervention du 21 décembre, Cristina Kirchner a aussi accusé le Royaume Uni de « prendre les ressources de l’Argentine », tant sur les Iles que dans les eaux alentours.

Le même mois, l’Argentine a réussit à convaincre le Brésil, l’Uruguay et Chili de reconnaitre la résolution du Mercosur qui invite à rejeter tout navire battant pavillon des îles Malouines. Le Brésil, qui espère sa part du gâteau du pétrole off-shore, est l’un des alliés de poids de l’Argentine. C’était déjà le cas en Argentine depuis février 2010 et le début des forages de repérage de brut par la société anglaise Desire Petroleum.

Les Anglais se retranchent derrière « l’autodétermination » des habitants des Malouines. Pour Noël, il leur a adressé ses vœux, affirmant qu’il ne les laisserais « jamais » tomber. Les malouiniens, qui pourraient compter parmi les plus riches habitants de la terre grâce aux royalties des compagnies pétrolières, semblent se plaire sous l’étendart anglais. Un membre de l’Assemblée des Iles Malouines, Dick Sawle, a demandé aujourd’hui aux Argentins de les « laisser en paix » :  » L’Argentine doit respecter les souhaits des habitants de l’île, et nous désirons rester rattachés à la souveraineté anglaise ». Les journaux anglais sont divisés à propos de l’attitude de M.Cameron. Alors que The Guardian titre : « Le colonialisme dans les Malouines vient de David Cameron, pas de l’Argentine », le conservateur Daily Mail écrit : « C’est simplement inconcevable que l’Argentine puisse prendre les Falklands ».

Le duel verbal entre les deux nations ne devrait pas aller jusqu’à l’affrontement. Tout d’abord puisque, à la différence de 1982, l’Argentine est une démocratie : Kirchner a été brillament réélue à l’automne 2011. Mais aussi parce que ce pays, avec plus de 8% de croissance annuelle, n’aurait pas intérêt à entrer en guerre. Reste l’appât du gain (le pétrole), et le nationalisme (surtout chez les péronistes kirchnéristes). L’anniversaire des Malouines s’annonce festif…

Le Vénézuela nationalise et signe en rejettant les arbitrages de la Banque Mondiale

Échaudé par l’arbitrage du cas Exxon, le Venezuela projette depuis le 15 janvier de quitter la cour d’arbitrage internationale de la Banque Mondiale et de régler les litiges avec les sociétés étrangères au sein de son propre système judiciaire.

Le Vénézuela estime que les désaccords avec des compagnies étrangères, et notamment pétrolières, devraient être réglés par des juridictions nationales et non des cours internationales comme le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (ICSID ou Ciadi en espagnol), basé à Washington. Ce dernier arbitre 17 procédures en cours contre le Venezuela. Une douzaine de compagnie étrangères sont concernées, depuis la brasserie (Gambrinus) jusqu’au business du pétrole (Tidewater Inc, Koch Minerals Sàrl…), en passant par l’exploitation aurifère (Cristallex, Gold Reserve Inc…).

L’arbitrage cristallisant les tensions concerne le cas Exxon Mobil.  Le président Hugo Chavez avait affirmé le 8 janvier sa volonté de ne reconnaître que la décision de la Chambre de Commerce Internationale à Paris, qui a condamné l’entreprise étatique PDVSA à payer 908 millions de dollars à Exxon pour avoir ordonné la nationalisation de ses installations pétrolières dans le Cerro Negro en 2007. Chavez a par ailleurs assuré que cette amende devait être réduite à 225 millions de dollars, selon une série de déductions à opérer. Exxon Mobil réclame quant à elle 12 milliards de dollars de compensation à la Banque Mondiale. En septembre, le gouvernement vénézuélien avait proposé de régler le différend pour 1 milliard de dollars.

C’est un pas de plus dans la démarche de Chavez, qui augmente depuis des années les impôts des compagnies pétrolières pour prendre progressivement le contrôle de cette industrie stratégique. En effet, la taxe sur le profit pendant les années 1980 et 1990 était incroyablement basse et ne dépassait pas 1%. Mais les compagnies pétrolières n’abandonneront pas facilement leur place dans le premier pays producteur de pétrole (selon l’Opep), et continuent d’investir, notamment dans l’Orinoco, considérée comme l’une des plus grandes réserves inexploitée de pétrole brut au monde (dont le Cerro Negro fait partie, à l’Est). Selon le New York Times, l’entreprise américaine Chevron et Repsol d’Espagne ont signé avec le Venezuela des accords en 2010 pour de nouveaux projets pétroliers dans l’Orinoco, pour plusieurs milliards de dollars.

Chavez is back
Début janvier, Chavez s’est affiché aux côtés d’Ahmadinejad, d’Ortega, de Castro et de Correa. Le 15 janvier, il rejette un organe de la Banque Mondiale, une manière de rappeller que la Banque du Sud existe bel et bien (depuis 2007, avec un capital réduit). Le 16 janvier, il a ordonné le rapatriement du consulat vénézuélien de Miami, après que les Etats-Unis ont réclamé l’expulsion du consul vénézuélien à Miami, Livia Acosta Noguera, pour espionnage. Chavez a réalisé sa traversée du désert, 11 mois de faiblesse liés à son cancer, sans trop de dommages.

Week-end historique : l’heure de l’intégration communautaire

C’est peut-être le futur équivalent de l’UE pour les Amériques, et ce n’est pas l’Organisation des Etats Américains. La Communauté des États latinos américains et des Caraïbes (Celac) a été créée ce weekend à Caracas en présence des représentants des 33 pays d’Amérique Latine et des Caraibes, sans les Etats-Unis et le Canada.

Le président mexicain, Felipe Calderon, a ouvert le sommet en parlant de « formidable aventure« , de « prospérité et de compétitivité« , de « sécurité » et de lutte contre la pauvreté et pour la santé« . Sous des applaudissements nourris il a ajouté (9’40)« J’en suis convaincu, c’est l’heure et la décennie de l’Amérique latine, pour cette raison nous devons nous hâter vers l’intégration… »

La Celac tentera entre autres de coordonner les activités de l’Unasur (Union des nations sud-américaines), du Mercosur (Marché commun du Sud) et de la CAN (Communauté andine des nations), sans pour autant les intégrer. La capacité de la Celac à exercer cette mission est remise en question par de nombreux analistes selon Reuters. Les prises de décisions se feront à l’unanimité. Le Chili présidera la Celac en 2012.

Officiellement, la Celac ne sera pas une alternative à l’OEA, qui siège à Washington, comme le désirait Chavez et ses alliés de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba), notamment Raphael Correa. Officieusement elle pourrait rapidement le devenir. Les Etats-Unis et le Canada sont exclus de ce nouvel organisme. Le sommet de Caracas a condamné l’embargo sur Cuba et a soutenu la revendication de l’Argentine sur les îles Malouines. Patrick Bele rappelle sur sur blog du Figaro que : « L’OEA a souvent été absente des problèmes les plus graves qui ont frappé le continent. Elle n’a jamais dénoncé le coup d’état au Chili du 11 septembre 1973, elle n’a jamais réagi à la guerre des Malouines qui a opposé l’un de ses membres, l’Argentine, à la Grande-Bretagne (1982). Elle est resté très discrète lors de l’invasion de la Grenade (1983) et du Panama (1989) par les troupes de Washington. Et surtout, elle continue à exclure Cuba de ses instances. « 

Latin Reporters évoque l’influence du Brésil au sein de cette nouvelle institution, qui est l’initiateur des premières pierres de l’édifice dès 2008. Dans un autre article, Reuters ne voit dans la Celac qu’un « test » pour Chavez, à un an de l’élection présidentielle au Vénézuela.

L’histoire des déboires et réussites de l’Union Européenne était en tête de tous les dirigeants les 3 et 4 décembre. Alors que l’UE ne traite que de politique et d’économie, la Celac prend en compte dès le début les aspects culturels et sociaux. Il n’est pourtant pas question d’un Etat fédéral. Selon l’article 23 de la Déclaration de Caracas, la souveraineté des peuples et des Etats n’est pas mise en cause. 600 millions de personnes sont concernées par ce nouvel organisme international.

Les portoricains de Calle 13

Le sommet de la Celac ne s’est pas terminé par une grande fête dans un hôtel cinq étoiles sous la protection de milliers de policiers, mais par un concert avec l’orchestre symphonique Vénézuelien et le groupe de reggeaton Calle 13, qui chantait : « je suis l’Amérique Latine, un peuple sans jambes mais qui marche« .

L’Etat vénézuélien veut agir contre le procès de Carlos en France (Terra)

Le procureur général de la République du Venezuela, Carlos Escarrá, a qualifié vendredi d' »illégal » le procès en France contre «Carlos», pour quatre attentats à la bombe en 1980 qui ont fait 11 morts. Il a déclaré que l’Etat « doit agir » pour sa défense .

Dans une interview à la chaîne officielle VTV, le procureur général a qualifié de « kidnapping » la détention de Ilich Ramirez Sanchez, alias «Carlos le chacal» par les services secrets français en 1994 au Soudan.

Carlos

Le président vénézuélien Hugo Chavez a ordonné lundi à son ministre des Affaires étrangères, Nicolas Maduro, de s’assurer que les droits de « Carlos » soient respectés en France, l’appelant « digne successeur des plus grands combats pour le peuple. »

Le Venezuelien, à qui a été attribué une série d’attaques meurtrières en Europe en 1970 et 1980, est maintenant jugé pour quatre d’entre elles, commises en 1982 et 1983 en France, qui ont tué 11 personnes.

Source : http://noticias.terra.com.pe/internacional/latinoamerica/procurador-de-venezuela-estado-debe-actuar-ante-juicio-ilegal-a-carlos,99bfe4c282293310VgnVCM10000098f154d0RCRD.html

Ortega officiellement élu au Nicaragua (NuevoHerald)

Le président du Conseil électoral suprême, Roberto Rivas, a déclaré officiellement hier que Daniel Ortega Saavedra a remporté l’élection présidentielle de dimanche.

Il a dit que la victoire d’Ortega « est toute logique, il s’agit d’un moment historique, sans précédent« , car il a obtenu plus de 60% des voix.

Luis Yanez-Barnuevo, le chef de la mission d’observation électorale de l’Union européenne, affirme dans un rapport préliminaire qu’un certain nombre d’anomalies ont été détectées pendant les élections, ainsi que des obstacles à l’exercice des fonctions de surveillance qui ont « considérablement réduit la capacité des étapes clés du processus de vérification, y compris pour la somme des résultats dans les centres de données. »

Source : http://www.elnuevoherald.com/2011/11/08/1061403/declaran-a-ortega-oficialmente.html#storylink=rss

Santos dissout le service d’intelligence Colombien (ElPais)

Le Président Colombien a ordonné la liquidation de la DAS après les scandales d’espionnage.

Agents de l'ex-DAS, la police de renseignements de Colombie (Crédits AP)

En Colombie, il est normal pour un politicien, un journaliste ou un militant des droits humains d’utiliser un code lorsqu’il utilise un téléphone mobile ou même un appareil fixe. La raison? Ils sont convaincus que quelqu’un d’autre est à l’écoute et, pire encore, enregistre. C’est l’une des activités illégales qui œuvra au service de renseignement, le Département administratif de sécurité (DAS) du gouvernement d’Alvaro Uribe. Le Président Juan Manuel Santos l’a fermé lundi après-midi : « J’ai signé le décret de liquidation », a-t-il dit. Pour éviter tout doute, il a ajouté : «Le cas de la DAS n’est pas une transformation, pas une réforme, l’affaire est une liquidation de la DAS, la DAS est supprimé. »

Les tâches du service de renseignement seront pris en charge par une nouvelle organisation qui sera dirigée par un amiral. La marine colombienne a une vaste expérience de formation dans le travail de renseignement.
Les nouvelles ont été accueillies avec soulagement par une société qui depuis plusieurs années a été étonnée de voir combien cette institution de  5.000 employés était hors de contrôle.

Source : http://internacional.elpais.com/internacional/2011/11/01/actualidad/1320175014_258328.html