A propos Simon Pellet Recht

Etudiant en Journalisme/ Passionné par le continent amérindien

5 heures en enfer

Les chiffres sont limpides, les témoignages sont pour le moins imagés et les photos sont plus qu’expressives. Nous ne nous attendions donc pas à découvrir de belles cellules meublées, des toilettes clinquantes, des gardes aimables et des sourires appuyés. Mais personne ne peut s’imaginer la réalité des prisons vénézuéliennes avant d’y avoir risqué un pied. Cinq longues heures.

Ce devait être une simple visite de courtoisie à un détenu. Devant le centre pénitenciaire, un vieux carré hérissé de barbelés sur lesquels pendent branchages et ordures en tout genre, une jeune femme nous signifie qu’il faut déposer ses affaires au kiosque à l’angle de la rue. Une fois débarassés des objets contendants, boucle d’oreille y compris, nous toquons à la mince couche de métal vert qui sert de porte à la prison. La fouille est sommaire, un soldat des Forces Armées Bolivariennes nous palpe rapidement avant de nous couvrir les bras de tampons et de les photographier. Décontractés, nous déclinons notre identité tout en parlant de Paris, de l’amour et de la Tour Eiffel au militaire, amusé.

La prison en question, Los Teques (Sur de Caracas)

La prison en question, Los Teques (Sud de Caracas)

Nous voici dans la première enceinte. Après quelques pas, un gardien à l’air patibulaire nous désigne du menton ce qui doit être l’entrée des prisonniers, sans se soucier de notre mine éberluée. Ce que l’on découvre en tournant le cou dépasse l’entendement. Derrière une grille rouge, ouverte, des dizaines d’hommes armés jusqu’aux dents et camés jusqu’à la moëlle déambulent dans l’entrée, la plupart tout à fait hallucinés. Ici, un échalas nous jette un regard à la fois immensément profond et vide, les yeux écarquillés. Il a les pupilles dilatées, séparées du monde par un voile nacré, d’un bleu Pacifique, presque apaisant. Il est très jeune, à peine la vingtaine. Au Vénézuéla, 80 % de la population carcérale a moins de 25 ans. La voix de notre hôte, nous l’appellerons Alfredo, fait soudainement voler en éclat l’état anestésique dans lequel nous nous trouvions. La torpeur n’aura duré qu’une fraction de seconde, une vague d’adrénaline nous submerge, il nous faut entrer en enfer.

Un reggeaton tonitruant envahit notre espace. Sur le perron de l’escalier, des couples s’embrassent baveusement, sans vergogne. Aujourd’hui, comme trois jours par semaine, c’est jour de visite. Les familles apportent à manger, de quoi s’habiller, un matelat où dormir. Les filles resteront une nuit, parfois deux, avec leur lascar. D’après Alfredo, nous avons de la chance, cette journée est sacrée. D’ailleurs, pour ne pas encombrer, tous ceux qui n’ont pas de visiteurs ont été enfermés depuis cinq heures du matin dans des petites pièces, avec leur seau de nourriture. Pour finir de nous glacer le sang, il ajoute avec un sourire gêné : « Enfin une fois c’est parti en massacre pour une histoire de femme. » Sur notre droite, le couloir mène à la zone administrative. Assise, une travestie discute jovialement avec un vieil unijambiste, avant d’aller « détendre » les occupants du fond. Sur notre gauche, derrière une forêt de M-16 et autres joujoux locaux, un pasteur déglutit bruyamment son sermon devant un auditoire apathique, entouré d’hommes de main en costard-pétard. Alfredo commente : « Ils donnent de la viande après, c’est pour ça que les gens restent. » Nous nous frayons un passage jusqu’à l’ancien réfectoire, transformé en discothèque. Ici commence la zone des « vrais méchants », et plus loin encore celle des homosexuels et des policiers, nous ne nous attardons pas.

Le toît de la prison en question...

Le toît de la prison en question…

Alfredo dort dans l’aile des « administratifs », ceux qui se permettent de parlementer avec la police, dehors. Notre homme s’estime « privilégié ». Il partage sa chambre, deux mètres carrés entre deux tissus, avec seulement deux personnes : « A une époque, quand nous étions 2000 pour une capacité de 400, je vivais sous un lit, quand d’autres se battait pour les toilettes pour ne pas se retrouver sur le toît et sous la pluie. » Il possède maintenant son propre ordinateur portable, un smartphone, une TV, et, le must, un réfrigérateur. Pour assurer sa sécurité, il paye chaque semaine l’équivalent d’une dizaine d’euros au chef du secteur.

Un peu de cocaine sur les lèvres aide à supporter la douleur...

Un peu de cocaine sur les lèvres aide à supporter la douleur…

Engoncé dans sa chaise, « papa » gère son petit royaume sous l’oeil attentif de ses lieutenants, en tripotant ses bagues. Le vol est strictement interdit. Alfredo raconte banalement qu’un de ses co-détenus s’est fait tué pour avoir volé une boîte de thon : « Il s’était pourtant cousu la bouche, en signe de soumission, mais cela n’a pas suffi. »

L’étage où vit Alfredo n’est pas seulement calme, il est aussi extra-ordinairement propre. Les seules effluves qui nous parviennent aux narines sont celles des hots-dogs et du cannabis. Il y a bien quelques plants, « pour faire joli », mais la majorité de l’immense quantité de drogue consommée ici vient de l’extérieur, de Colombie surtout. Alfredo explique que les « pranes », ou « leaders négatifs », manipulent de véritables mafias depuis la prison : « Ils gagnent des millions ! Ils sont bien ici, ils ont le pouvoir, des femmes, de la musique, ils sont tranquilles ! » Leurs gardiens n’entrent plus depuis longtemps dans l’établissement. A peine montent-ils parfois dans les miradors sur la seconde enceinte, quand l’ambiance est détendue.

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Au bout d’une heure, nos cœurs serrés et la boule qui se forme au fond de notre bide nous imposent de partir. Nous sortons dans la première encainte, soulagés. Mais le militaire nous tance immédiatement de retourner à l’intérieur jusqu’à l’heure légale, soit quatre heures plus tard. Nous avons beau réclamer un peu d’indulgence en tant qu’étrangers, du moins le droit de rester à ses côtés, rien n’y fait. Il est plus simple d’entrer dans les prisons vénézuéliennes que d’en sortir. Ou les pieds devant.

Parfois, ca pète. En général des dizaines de morts...

Parfois, ca pète. En général des dizaines de morts…

Nous retournons écouter Alfredo : « Il n’y a pas d’infirmerie ici, on fait comme on peu, avec du scotch par exemple. » Un jour, un chien a eu la mauvaise idée d’aller se noyer dans la cuve d’eau potable de l’établissement. Les autorités ont du réagir après une grève de la faim des prisonniers, « imposée par « papa » », et ont acheminé des médicaments Cubains. Un vrai remède de cheval. « En deux jours on était sur pied. J’ai cherché le composant sur internet : « pour grands animaux » » lance Alfredo dans un grand rire. Voici que passe « Coupe-coupe », un ami. Après lui avoir serré la main, il nous confie avec un clin d’oeil qui se veut mystérieux : « C’était pas de la drogue qu’il coupait… ».

Lorsqu’arrive enfin l’heure de fuir, un gradé énervé nous fait mettre en rang. Au-dessus de nos têtes, des bouteilles remplies d’excréments tentent désespérement de s’extirper du grillage où elles ont été jetées. Des détenus nous dévisagent patiemment. Les filles continuent d’entrer, avec leurs bagages et leurs mines désenchantées. Le soleil ne m’a jamais parût aussi lourd. Les minutes s’attendent, interminables. Le militaire jette parfois un coup d’oeil à sa grosse rolex, pour faindre de respecter les règles. Quand cela lui chante, il nous donne l’autorisation tant attendue. Lorsque la porte de métal se referme derrière nous, nous échangeons, mon compagnon et moi, une sueur complice. Avec plus de 500 morts par an, les prisons vénézuéliennes sont appelées les universités du crime, nous venons de comprendre pourquoi.

PS : Pour avoir ensuite visité la seule prison moderne d’envergure du Vénézuéla, à Coro, il y a tout de même de l’espoir 🙂

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Curaçao, un cocktail explosif

Un premier ministre qui parle de « coups d’Etat impérialistes », une opposition qui l’accuse de liens avec un mafieu sicilien, le tout sur fond de marche vers l’indépendance, le petit paradis fiscal des Antilles Néerlandaises est en pleine ébullition. Le week-end dernier, les Curaquenos ont voté pour le futur de leur île, sous les yeux attentifs de leur voisin Vénézuélien, le socialiste Hugo Chavez.

A première vue, Curaçao est un îlot paradisiaque de 140 000 habitants, dont les maisons colorées, les magnifiques plages et la politique fiscale avantageuse attirent touristes et capitaux étrangers. Mais la situation a dégénéré il y a quelques semaines, dans l’indifférence générale.

Un coup d’Etat dans l’eau

Tout commence le 13 septembre. L’Assemblée de Curaçao vote contre le premier chef de gouvernement indépendant de l’île, Gerrit Schotte, après seulement deux ans de mandat. L’élu déchu critique immédiatement « l’achat » de voix de députés par « l’impérialisme néerlandais », sans preuves tangibles, et refuse de quitter son poste. Le 30 septembre, jour de la passation des pouvoirs, le jeune orateur s’enferme dans son bureau et parle sur la chaine TeleSur de « coup d’Etat ».

Il reçoit rapidement le soutien du groupe vénézuélien au Parlement LatinoAméricain, mais les autres institutions du continent, notamment l’Unasur, restent étrangement sourdes à ses supplications. Pourtant, il est plutôt extraordinaire que la plus haute instance d’un paradis fiscal crie au coup d’Etat. D’après l’ancien consul du Vénézuela à Curaçao, Lorenzo Angiolillo, Gerrit Schotte n’a obtenu aucun des soutiens escomptés car le processus de destitution a été « tout à fait légal ».

Le Curacao dream

Cette accusation de coup d’Etat ressemble fortement à un baroud d’honneur. A la tête d’une coalition de frères ennemis, déjà englué dans une crise économique importante, Gerrit Schotte n’a cessé de s’empêtrer dans les scandales de corruption. La petite île, ancien repère de pirates et autres boucaniers, connaissait l’achat de votes contre un smartphone, mais elle n’avait jamais envisagé de voir débarquer un mafieu sicilien.

Francesco Corallo, ancien ambassadeur de la Dominique à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), placé cet été sur la liste rouge d’Interpol, s’est vu récemment offrir par Schotte un poste à la Banque Centrale de Curaçao, pour ses « qualités de businessman». Gerrit Schotte se présente lui-même comme un self-made man. Né dans une famille modeste, il a interrompu ses études mais est devenu de fil en aiguille propriétaire de diverses entreprises, depuis l’habillement jusqu’au paint-ball, et même manager de casino.

Les relations de Schotte, et d’autres scandales, ont conduit à la création d’un Wikileaks propre à l’île, Curaleaks. Cependant, selon Mickael Besse, un français qui travaille depuis 20 ans entre Curaçao et le Vénézuéla, « la corruption existe depuis longtemps, sans être endémique. C’est un petit pays où il ne se passe presque rien. » Rien ?

Chavez sonne les trompettes de la renommée

Depuis les soulevements populaires des années 1960 contre l’élite Hollandaise au pouvoir, le calme règne sur cette langue de terre du Pacifique. Pour le reste du monde, Curaçao n’est qu’un cocktail à base d’oranges amères inventé à leur arrivée par les colons espagnols, ou bien l’endroit où Danny Glover tourne un film sur une révolte d’esclaves, qui devrait sortir dans quelques mois à l’occasion des 150 ans de l’abolition de l’esclavage dans cette partie des Antilles.

Mais voilà que le remuant Hugo Chavez commence dans les années 2000 à dénoncer la présence d’une « base avancée » des Etats-Unis à une cinquantaine de kilomètres des côtes du Vénézuéla, et le petit paradis fiscal oublié de tous apparaît à chacun. Si rien ne transparait, la situation est explosive.

Environ 250 militaires américains sont en effet implantés depuis 1999 sur cette plaque tournante du trafic de cocaîne, officiellement pour intercepter la drogue venant par avion du continent. Or, début 2010, le ministre des Relations Extérieures Vénézuéliennes a durement critiqué la « violation de son espace aérien » par des avions provenant de cette base. Quelques années plus tôt, il clamait avec force que le peuple vénézuélien « ne se laisserait pas intimider » par la venue d’un porte-avion américain dans la zone.

Un paradis fiscal aux étranges amitiés

Si, selon le consul honoraire Français à Curaçao Jean-Marie Pradin, « Curaçao a toujours entretenu des relations favorables avec le Venezuela indépendamment des partis politiques au pouvoir », la coalition souverainiste et « anti-impérialiste » menée par le nouveau premier ministre s’est particulièrement rapprochée de son voisin révolutionnaire. Autoproclamé candidat « du peuple », Gerrit Schotte a fondé une partie de sa popularité sur sa politique sociale. Au printemps 2012, il a ainsi signé un accord avec le Vénézuéla pour importer la Mision Milagro, ce programme socialiste destiné à offrir l’accès gratuit aux soins ophtalmologiques. Gerrit Schotte a aussi désamorçé l’un des thèmes historiquement sujet à frictions, l’avenir de l’immense raffinerie de l’île, propriété de l’entreprise d’Etat Vénézuélienne PDVSA depuis 1985. Sa cession à une multinationale est revenue sur la table un jour avant l’élection.

Curaçao frelaté trouve acquéreur

Le 19 octobre, les Curaquenos ont donc voté pour le futur de leur îlot. Jusqu’à ce jour, Gerrit Schotte a bénéficié d’un fort appui populaire, mais, abattu par les polémiques, il n’a finalement pas récupéré son siège de premier ministre. A la surprise générale, c’est l’indépendandiste et candidat anti-corruption Helmin Wiels qui sort grand vainqueur de ces élections législatives.

Tiraillée entre un futur Hollandais ou Caribéen, harcelée par son passé colonialiste, pressionnée par des intérêts géopolitiques qui la dépassent, la petite île paradisiaque est en pleine crise identitaire. Une seule certitude, ce n’est pas le fragile débat européen sur les paradis fiscaux qui inquiète le plus les habitants de Curaçao.

 

Conflits sociaux : le Pérou doit choisir entre or et eau

Le gouvernement péruvien a décrété dans la nuit de lundi l’état d’urgence face à des manifestations de mineurs, pour la seconde fois depuis l’élection à la présidence du socialiste Ollanta Humala il y a 10 mois.

Espinar. Crédit Irradiador.com

La mesure, qui concerne la province d’Espinar dans le sud-est du Pérou, a été prise après 8 jours de heurts avec la police. Lundi, deux civils ont été tués et une cinquantaine de personnes blessées dont 30 policiers, selon le ministère de l’Intérieur. Pendant 30 jours, les garanties constitutionnelles concernant la liberté de réunion et de circulation sont suspendues.

A l’origine de cette radicalisation, l’échec des négociations du gouvernement de Ollanta Humala lundi matin avec le Front de Défense d’Espinar, qui accuse le groupe suisse Xstrata Tintaya de polluer les cours d’eau en exploitant une mine de cuivre et demande un audit international. 1200 policiers protègent actuellement les installations de Xstrata au sud du pays. Le maire de la province d’Espinar, Oscar Mollohuanca, a déposé le 24 novembre 2011 une plainte contre l’entreprise au motif de mise en péril de la santé. D’après la Confédération Nationale des Communautés du Pérou Affectées par l’activité Minière (Conacami), des enquêtes indépendantes menées dans la région ont démontré que la teneur en métaux lourds de l’eau potable dépasse de multiples fois les valeurs limites, ce qu’a infirmé aujourd’hui le groupe par communiqué, tout en assurant vouloir des études complémentaires. Xstrata Tintaya, qui a racheté le gisement en question au géant minier BHP Billion en 2006 et a promis 1,5 milliards d’investissements d’ici 2015, est aussi accusée de pollution en Colombie autour de la mine de Cerrejon.

Grands Projets

C’est la question de l’accès à l’eau qui se joue au Pérou, comme dans de nombreux pays d’Amérique Latine. Dans un pays qui compte parmi les mieux dotés en eau au monde selon l’Autorité Nationale de l’Eau péruvienne, 25% des 11 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau courante. Un Plan National des Ressources Hydriques a été lancé à la fin des années 2000 face à cette réalité, mais les grands projets mis en place, comme Chavimochic ou Majes Siguas II, accélèrent la désertification de l’intérieur du pays et dans la capitale, Lima. C’est la Banque Mondiale qui avait proposé ce genre de projets dans les années 1970, afin de rendre les vallées côtières verdoyantes. L’opposition dénonce un manque de volonté politique d’investissement en infrastructures, pour que l’eau puisse parvenir à tous, et la consommation toujours grandissante des groupes miniers. Est aussi critiquée la dichotomie normative entre la loi de 2009 qui protège les sources d’eau et la loi qui permet aux entreprises minières de les exploiter.

 

Pollution et opposition

En mars, le Défenseur du peuple péruvien Eduardo Vega a déclaré que sur 152 conflits sociaux cette année, 133 sont d’origine environnementale, « à cause de l’augmentation des investissements dans l’industrie minière. » Les dialogues ne donnent rien, le gouvernement cherche à gagner du temps pour empocher les bénéfices de cette nouvelle manne, mais pendant ce temps la colère s’accumule.

Jeudi dernier une nouvelle grève générale a été décidée à Cajamarca, contre le projet Conga de l’Américain Newmont. Les grèves et blocus ont débuté à la mi-novembre 2011 dans cette région du nord du Pérou contre ce projet d’extraction d’or et de cuivre à ciel ouvert, à 3500 mètres d’altitude, où naissent les sources de rivières irriguant les vallées fertiles de toute la région et la ville de Cajamarca (220 000 habitants).En février, un millier d’autochtones avaient parcourus 860 kilomètres à pied jusqu’à la capitale en signe de protestation.

Ollanta Humala doit affronter ses contradictions. Il a promulgué en septembre 2011 une loi qui rend obligatoire l’approbation des communautés locales pour l’implantation d’une nouvelle mine, et s’est prononcé pendant la campagne électorale en faveur de mécanismes de consultation populaire, au point mort. Le conflit minier concernant 2000 employés de la raffinerie Doe run à La Oroya dans le centre du pays n’est toujours pas résolu, 4 ans après les premières amendes pour pollution. La Oroya est l’un des dix villes les plus polluées au monde, en particulier avec le plomb et l’arsenic.

 

 

 

 

Le continent rose soutien Hollande

L’Amérique Latine a exprimé lundi ses attentes au nouveau président français.

Pour l’autodétermination et l’anti-impérialisme

Dilma Roussef (Rose foncé, Brésil) : »Je suis certaine que nous partageons des positions qui nous permettront de travailler ensemble dans les forums internationaux, tels que le G-20, et d’apporter des modifications aux politiques de récession qui prévalent aujourd’hui et qui ont été si malheureuses pour les pays d’Amérique latine dans le passé ».

Hugo Chavez (Rouge, Venezuela) : « Pourvu que ce gouvernement socialiste marque un tournant. Je suis bon ami de l’ex président Chirac, on a eu d’excellentes relations. Mais regarde comme a fini le gouvernement français subordiné à l’impérialisme yankee, mettant la pression contre la Syrie et la Lybie et soutenant le FMI. Pourvu que la France se joignent à ceux qui luttent pour l’autodétermination des peuples et le monde multipolaire. »

Evo Morales (Rouge, Bolivie) : « Il faut renforcer nos liens contre la crise financière internationale et créer ensemble un agenda commun pour soutenir un nouvel ordre mondial. La crise soulève la nécessité de développer de nouveaux paradigmes qui répondront à la volonté libératrice et transformatrice des nations. »

Daniel Ortega (Rouge, Nicaragua) : « Nous apprécions grandement que sa victoire, car elle réinstalle les valeurs républicaines et met en évidence la solidarité contre l’empire des marchés. »

Pour la croissance

Cristina Fernández de Kirchner (Rose foncé, Argentine) : « La proposition du nouveau président sur la croissance et la création d’emploi et pas seulement de l’ajustement nous paraît très intéressante. »

Pour la continuité politique

Juan Manuel Santos (Bleu, Colombie) : « J’espère que les relations entre la Colombie et la France, et entre l’Europe et l’Amérique latine, continuer sur la voie droite qui a conduit le Président Sarkozy et les relations peuvent être renforcées à l’avenir »

Felipe Calderón (Rose clair, Mexique) : « Je souhaite que s’ouvrent de nouvelles possibilités d’élargir le dialogue et les relations économiques et d’accroître la coopération dans tous les domaines. »

Ollanta Humala (Rouge, Pérou) : « J’évoque mon désir ardent de renforcer les liens traditionnels d’amitié, de compréhension et de coopération qui unissent nos deux pays. »

Pour la démocratie et la justice sociale

Raphaël Correa (Rouge, Equateur), 07/05 : Le leader de la « Révolution citoyenne » a salué le « triomphe de la démocratie » en France et les positions du futur président français « en faveur de la croissance, de l’emploi, de l’intégration et de la justice sociale. »

Rien de la part de Fidel Castro (Rouge, Cuba), Sebastián Piñera (Bleu, Chili), Fernando Lugo (Rose foncé, Paraguay), Porfirio Lobo Sosa (Bleu foncé, Honduras) ni des autres présidents.

Si le continent rose soutien Hollande, c’est avec moins de passion que Mélenchon, qui affirme que  » L’Amérique du sud est la principale source d’inspiration du Front de gauche« . Le « petit Chavez à la française« , comme l’appelle Le Figaro, a été le seul candidat à recevoir le soutien direct d’un président latino. Le 9 avril, Raphaël Correa d’Equateur lui écrivait dans une lettre personnelle : « Reçois, cher Jean-Luc, au nom du gouvernement de la Révolution citoyenne, de tous les révolutionnaires d’Equateur et de mon nom propre, le soutien à ton projet de vie au service de ton pays.« 

L’Argentine en passe de nationaliser YPF, filiale de l’espagnol Repsol

La rumeur et les signes avant-coureurs de la nationalisation d’YPF enflent depuis quelques semaines. La filiale argentine du géant pétrolier espagnol Repsol pourrait être nationalisée sous peu par le gouvernement argentin de Cristina Kirchner, ce qui a déclenché un conflit diplomatique entre les deux pays.

Vendredi 13 avril, « le gouvernement a décidé d’envoyer au Congrès un projet de loi qui déclare « d’intérêt public » 50,01 pour cent des actions de la société, désormais dans les mains de l’espagnol Repsol et dans une moindre mesure, de leur partenaires Argentins Petersen Group, propriété de la famille Eskenazi » selon le journal d’opposition argentin Clarin.  Le gouvernement Kirchner a affirmé ce week-end que ce projet de loi, non signé, était un fantasme. 

L’intérêt général

Comme au Vénézuela, le gouvernement argentin est parti en guerre contre les pétroliers, en particulier contre l’espagnol Repsol, qui assure 32 % de la production de brut et 23 % de celle de gaz via sa filiale locale YPF. L’Argentine souhaite récupérer l’entreprise privatisée en 1999 car, selon le journal officialiste Pagina 12, « depuis que l’Etat a perdu le contrôle de la société elle a arrêté de se conformer à tous ses objectifs stratégiques« . Le débat a repris de la vigueur en 2011, avec la découverte d’une quantité importante d’hydrocarbures dans la formation de Vaca Muerta, dans le bassin de Neuquen. Repsol a déclaré que, grâce à ce gisement,l’entreprise « pourrait doubler la capacité de production de pétrole et de gaz existant en Argentine en 10 ans. »

Buenos Aires accuse en général les compagnies pétrolières de privilégier la maximisation du profit à cours terme et de ne pas investir suffisament dans l’économie argentine. Selon La Tribune « Les griefs du gouvernement sont en partie fondés. Ces dernières années, 90 % des dividendes d’YPF ont été distribués aux actionnaires, et, pour l’essentiel, ils ont pris le chemin de l’Espagne.  » 

La nationalisation n’est pas le seul chemin envisagé pour sortir de cette impasse. Le gouvernement envisage par exemple l’obligation de chaque exploitant de s’associer à l’Etat pour respecter la planification, comme le fait PDVS au Venezuela ou Petrobras au Brésil.

Conflit diplomatique

Alors que le conflit avec le Royaume Uni autour des Malouines a repris de la vigueur ces derniers mois, l’Argentine se met maintenant à dos l’Espagne. 

La volonté de nationaliser la filiale de Repsol passe très mal auprès du gouvernement de Mariano Rajoy, déjà engorgé dans la crise. Le ministre des Affaires étrangères espagol, José Manuel García, a mis en garde vendredi l’Argentine contre une « agression«  qui violerait « le principe de sécurité juridique« . Un éditorial du quotidien El Pais résume la crainte d’une partie de la population espagnole face à ce qui est considéré comme une attaque contre la propriété privée : « Et peu importe si -la nationalisation- est « illégale » parce qu’il y a quelque chose de beaucoup plus grave: elle est immorale » explique Alejandro A. Tagliavini.

L’expropriation

En Argentine la loi d’expropriation date de 1977. Dernièrement, elle a notamment été utilisée pour récupérer le patrimoine culturel de l’Etat Argentin. 

En France, l’expropriation est née de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, dont l’article 17 dispose « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ». Mais la notion « d’utilité publique » reste très vague en France. Une loi de 1964 vise l’expropriation des bidonvilles, pour lutter contre l’habitat insalubre, et une loi de 1994 met en place une procédure du même type pour la prévention des risques naturels majeurs. Selon Linternaute, « chaque année en France, 40.000 propriétaires sont contraints de quitter leur résidence sous la pression de leur commune, qui a entrepris un projet d’intérêt général« , comme un projet d’autoroute ou la construction de logements sociaux.

La dépénalisation, un processus irrémédiable

Le gouvernement du Mexique a réaffirmé mardi 14 février son refus de légaliser l’usage de la drogue dans son pays. La veille, le nouveau président guatémaltèque Otto Pérez, de droite, avait déclaré que les gouvernements latino-américains et des États unis devaient débattre de ce sujet. Depuis plusieurs années les Etats latinos prennent leur indépendance vis-à-vis de la politique répressive de leur voisin nord américain et modifient leurs législations.

Après des années de lutte, l’Amérique latine reste le premier exportateur mondial de cocaïne et de marijuana, et la consommation a augmenté. La montée de la criminalité organisée a généré des niveaux croissants de violence qui affecte principalement les pauvres, les minorités et les jeunes. La démocratie est en danger: la corruption touche les politiciens, les fonctionnaires, les juges et policiers.

Au Mexique, la solution militaire, qui a fait plus de 50 000 morts en cinq ans,  est très critiquée. En 2010, les États-Unis ont promis 1.400 millions de dollars sur trois ans pour lutter contre la drogue en vertu de l’initiative Merida, dont la plupart des fonds sont alloués au Mexique. Les associations accusent les forces armées d’atteintes aux droits de l’homme et estiment que leur déploiement n’a fait qu’augmenter la violence. En Colombie, tout ce qui aurait pu être fait a été fait et le niveau de production et d’exportation n’a pas pu être réduit.


Les jeunes d’Amérique latine sont conscients de cette situation

Les personnes plus âgées ne sont pas en reste : 3 anciens présidents luttent pour la décriminalisation et ont créé en 2009 la Commission latino-américaine sur les drogues et la démocratie. Dans le premier rapport de la

Fernando Henrique Cardoso (president du Brésil de 1995 à 2002), César Gaviria (Colombie 1990-1994), et Ernesto Zedillo (Mexique 1994-2000)

commission, en août 2009, Fernando Cardoso affirme : «  La guerre contre la drogue a échoué. Il est temps de briser le tabou et d’ouvrir un débat sur les stratégies plus humaines et plus efficace pour régler le problème. »
Dans ce contexte, si la dépénalisation est une proposition de longue date, la légalisation de certaines drogues en Amérique latine serait une révolution. Pour les trois anciens chefs d’Etat, les drogues douces (comme la marijuana) pourraient devenir l’équivalent du tabac à priser et de la consommation d’alcool. Les taxes collectées serviraient à financer des centres de traitement pour les toxicomanes. Et l’argent non dépensé sur la répression  pourrait être consacré à la santé et la prévention.

Le « parapluie » américain est troué
De nombreux dirigeants latino-américains dénoncent le manque de consultation des États-Unis sur la question des drogues. Un exemple, le 2 Novembre 2010, les citoyens de la Californie ont dû voter pour ou contre la légalisation du cannabis. De nombreux dirigeants latino-américains ont bondi de leurs sièges à l’annonce du référendum, parlant d’un acte unilatéral du géant américain, qui ne faisait pas partie d’une stratégie intégrée pour la région. Il faut rappeller que les Etats-Unis sont un des plus grands consommateurs de drogue en provenance d’Amérique latine. Les dirigeants sud américains ne croient plus aux politiques nord américaines. Comme l’a souligné le président colombien Juan Manuel Santos : « Comment expliquer à un indigène des montagnes de la Colombie, qu’il a été emprisonné pour la production de marijuana, tandis que la consommation est légale aux Etats-Unis? »

A la Commission latino-américaine sur les drogues et la démocratie, le Brésilien Cardoso a appelé ses successeurs à se démarquer de la politique répressive prônée par les Etats-Unis : « Nous n’avons pas besoin d’être sous l’égide des États-Unis, sous son parapluie, pour lutter contre la drogue. »

Le chef d’état-major de l’Argentine, Anibal Fernandez, a déclaré en 2009:  » La politique de répression inventée par l’administration Nixon va prendre fin pour des raisons évidentes, elle n’a réduit ni la production ni la commercialisation et le trafic de drogue« . Il ajoute alors : « dans ce contexte, nous allons insister sur notre propre politique, à travers une lutte sans merci contre le trafic de drogue« .

La dépénalisation est déjà une réalité

Dépénalisation en Argentine

En août 2009, la Cour suprême Argentine a déclaré « l’inconstitutionnalité de la sanction pénale à l’utilisateur privé » de la drogue. En 2007, les parlementaires brésiliens ont permis la consommation de 5 grammes de marijuana, à condition que les fumeurs reconnaissent leur dépendance à l’égard de cette substance et se soumettent à un programme de traitement de la toxicomanie. En Uruguay la possession d’un « montant raisonnable destiné exclusivement à un usage personnel » n’est pas punissable, et reste à la discrétion du juge afin de déterminer si l’intention est destinée à la consommation ou au deal. Au Paraguay ainsi qu’au Pérou sont acceptés 10 grammes de cannabis, 2 grammes de cocaïne ou d’héroïne. En Colombie, le seuil prescrit par la loi est de 20 grammes de marijuana, 1 gramme de cocaïne. Le gouvernement d’Alvaro Uribe a essayé de prendre une direction opposée à celle de l’Argentine et le Mexique, appelant à la criminalisation de toutes les formes de consommation, mais la motion a été rejeté par le Congrès. Seuls le Vénézuela et la Bolivie sont sur un positionnement beaucoup plus répressif.

Le Mexique n’est pas si virulent qu’on le pense vis-à-vis de la légalisation. Le pays a dépénalisé en août 2009 la détention de petites quantités de marijuana, cocaïne ou héroïne. La loi a exclu les poursuites judiciaires en cas d’« usage personnel », toléré jusqu’à 5 grammes de marijuana ou un demi-gramme de cocaïne, et seulement lors des deux premières interpellations. Ensuite, elle prévoit un programme de désintoxication complet, pris en charge par le gouvernement, sans peine judiciaire. Le résident est opposé à l’idée de la légalisation, mais se dit prêt à débattre.

Nous ne pouvons comparer la situation latino avec la notre, pour de nombreuses raisons dont les différences culturelles.  Or l’ONU ne propose pas de nouvelles logiques politiques pour faciliter cette différenciation latino. Par exemple les conventions interdisent la mastication de feuilles de coca. L’ONU continue en fait sur un discours de tolérance zéro. Le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) préfère citer la Suède, où chaque possession de drogue est illégal et punissable par la loi, comme pays de référence.
Plus intéressant pour le futur, le programme COPOLAD, signé entre l’Union Européenne et des pays d’Amérique du Sud en Décembre 2009, pour échanger leurs expériences et élaborer des réponses coordonnées, dans le but de réduire l’offre et la demande de drogue.

Grève des policiers au Brésil, le gouvernement destabilisé

Le gouvernement de Dilma Rousseff est en alerte. Depuis une semaine une grève de la police militaire de l’Etat de Bahia au Brésil paralyse la capitale, Salvador de Bahia. Plus de 90 morts, les commerces fermés, des pillages, une explosion de la criminalité, la présidente a du envoyer l’armée sur place vendredi dernier. Les négociations sont en cours, les gouverneurs des autres Etats du Brésil craignent la contagion.

Militaires devant l'Assemblée de l'Etat brésilien de Bahia, occupée par des policiers en grève. Photo AP

Un tiers des forces de police de l’état de Salvador environ sont rentrées en grève mardi dernier afin de demander une augmentation de salaire. 3000 militaires et 4 tanks ont d’ors et déjà été envoyés aux alentours de la capitale de la région de Bahia par l’Etat fédéral. Les policiers brésiliens sont mal formés et gagnent une misère relativement aux risques qu’ils encourent. Le salaire moyen d’un fonctionnaire de police dans cet Etat est de 867 dollars par mois. Les grévistes demandent une augmentation de 30%, contre les 6,5% proposés par Jacques Wagner, le gouverneur de la province. Toujours enfermés dans le Palais de l’Assemblée législative de Bahia et encerclés par plus de 1000 militaires, les 200 policiers sont sommés depuis dimanche de livrer 11 de leurs leaders à la police fédérale, ce qu’ils refusent. Ils réclament une amnistie générale, et affirment qu’ils se défendront avec leurs armes. Une quarentaine d’hommes du Commando d’Opérations Tactiques de la police fédérale est arrivée sur place en cas d’assaut.

Les gouverneurs d’autres Etats Brésiliens se sont réunis ces derniers jours pour éviter une contagion du mouvement de rebellion. Des voix se sont fait entendre en ce sens par la police militaire de Rio de Janeiro. Les policiers de Salvador de Bahia sont soutenus par leurs familles et une partie de la population. Une attaque frontale pourrait signifier une rupture psychologique à long terme avec les forces de police.

Le conflit social soulève aussi d’autres enjeux. Environ 10% des touristes ont déjà annulé leur réservation pour le carnaval de Salvador de Bahia, qui débutera dans moins d’une dizaine de jours, alors que la ville attend plusieurs millions de touristes. Salvador sera aussi l’une des villes-hôtes de la prochaine coupe du monde de football en 2014.

Malouines : Les îles de discorde

Le 30e anniversaire de la guerre des Malouines, en avril, ravive les tensions entre Anglais et Argentins. Depuis mercredi 18 janvier, les accusations de colonialisme fusent de chaque côté.

La guerre des Malouines est un véritable traumatisme pour les deux nations. 649 Argentins et 258 Britanniques y ont perdu la vie. Si ces petites îles de l’Atlantique-Sud appartiennent au Royaume Uni depuis 1833, l’Argentine n’a jamais cessé de réclamer leur rattachement, dénonçant le colonialisme anglais. Les tensions ont augmenté ces dernières années à propos de l’exploration pétrolière autour des Malouines, sans que l’accord d’entente cordiale du 14 juillet 1999 ne soit pour autant remis en cause.

Mercredi 18 janvier, c’est David Cameron, le premier ministre britannique, qui a accusé, devant les députés, l’Argentine d’adopter une « attitude colonialiste » à propos des Malouines. En réponse, le ministre des affaires étrangères argentin, Hector Timerman, a déclaré aujourd’hui à l’agence d’information officielle Telam que la Grande-Bretagne était un pays «synonyme de colonialisme». Il a ajouté que « la Grande-Bretagne, en déclin impérial, décide de réécrire l’histoire». Dans le même temps le ministre de l’intérieur Florencio Randazzo a déclaré que les propos de Cameron étaient « totallement offensifs ».

L’Argentine n’est pas sur la défensive. Depuis des mois le gouvernement Kirchner accumule les déclarations pour réclamer des négociations autour des Malouines. Cristina Kirchner, le 21 décembre 2011, a relancé les hostilités en déclarant :  » Le Royaume-Uni est un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et pourtant il ne respecte pas une seule, pas une seule résolution. Nous ne leur demandons pas de venir ici et de reconnaître que les Malouines sont argentines, mais ce que nous réclamons, c’est que le Royaume Uni ce qu’ont demandé les Nations Unies, que les deux parties s’assoient pour dialoguer, dialoguer, dialoguer. » En plein coeur de la tourmente, Héctor Timerman a déclaré aujourd’hui 19 janvier que la seule solution possible est de commencer des négociations bilatérales directes. Dans son intervention du 21 décembre, Cristina Kirchner a aussi accusé le Royaume Uni de « prendre les ressources de l’Argentine », tant sur les Iles que dans les eaux alentours.

Le même mois, l’Argentine a réussit à convaincre le Brésil, l’Uruguay et Chili de reconnaitre la résolution du Mercosur qui invite à rejeter tout navire battant pavillon des îles Malouines. Le Brésil, qui espère sa part du gâteau du pétrole off-shore, est l’un des alliés de poids de l’Argentine. C’était déjà le cas en Argentine depuis février 2010 et le début des forages de repérage de brut par la société anglaise Desire Petroleum.

Les Anglais se retranchent derrière « l’autodétermination » des habitants des Malouines. Pour Noël, il leur a adressé ses vœux, affirmant qu’il ne les laisserais « jamais » tomber. Les malouiniens, qui pourraient compter parmi les plus riches habitants de la terre grâce aux royalties des compagnies pétrolières, semblent se plaire sous l’étendart anglais. Un membre de l’Assemblée des Iles Malouines, Dick Sawle, a demandé aujourd’hui aux Argentins de les « laisser en paix » :  » L’Argentine doit respecter les souhaits des habitants de l’île, et nous désirons rester rattachés à la souveraineté anglaise ». Les journaux anglais sont divisés à propos de l’attitude de M.Cameron. Alors que The Guardian titre : « Le colonialisme dans les Malouines vient de David Cameron, pas de l’Argentine », le conservateur Daily Mail écrit : « C’est simplement inconcevable que l’Argentine puisse prendre les Falklands ».

Le duel verbal entre les deux nations ne devrait pas aller jusqu’à l’affrontement. Tout d’abord puisque, à la différence de 1982, l’Argentine est une démocratie : Kirchner a été brillament réélue à l’automne 2011. Mais aussi parce que ce pays, avec plus de 8% de croissance annuelle, n’aurait pas intérêt à entrer en guerre. Reste l’appât du gain (le pétrole), et le nationalisme (surtout chez les péronistes kirchnéristes). L’anniversaire des Malouines s’annonce festif…

Le Vénézuela nationalise et signe en rejettant les arbitrages de la Banque Mondiale

Échaudé par l’arbitrage du cas Exxon, le Venezuela projette depuis le 15 janvier de quitter la cour d’arbitrage internationale de la Banque Mondiale et de régler les litiges avec les sociétés étrangères au sein de son propre système judiciaire.

Le Vénézuela estime que les désaccords avec des compagnies étrangères, et notamment pétrolières, devraient être réglés par des juridictions nationales et non des cours internationales comme le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (ICSID ou Ciadi en espagnol), basé à Washington. Ce dernier arbitre 17 procédures en cours contre le Venezuela. Une douzaine de compagnie étrangères sont concernées, depuis la brasserie (Gambrinus) jusqu’au business du pétrole (Tidewater Inc, Koch Minerals Sàrl…), en passant par l’exploitation aurifère (Cristallex, Gold Reserve Inc…).

L’arbitrage cristallisant les tensions concerne le cas Exxon Mobil.  Le président Hugo Chavez avait affirmé le 8 janvier sa volonté de ne reconnaître que la décision de la Chambre de Commerce Internationale à Paris, qui a condamné l’entreprise étatique PDVSA à payer 908 millions de dollars à Exxon pour avoir ordonné la nationalisation de ses installations pétrolières dans le Cerro Negro en 2007. Chavez a par ailleurs assuré que cette amende devait être réduite à 225 millions de dollars, selon une série de déductions à opérer. Exxon Mobil réclame quant à elle 12 milliards de dollars de compensation à la Banque Mondiale. En septembre, le gouvernement vénézuélien avait proposé de régler le différend pour 1 milliard de dollars.

C’est un pas de plus dans la démarche de Chavez, qui augmente depuis des années les impôts des compagnies pétrolières pour prendre progressivement le contrôle de cette industrie stratégique. En effet, la taxe sur le profit pendant les années 1980 et 1990 était incroyablement basse et ne dépassait pas 1%. Mais les compagnies pétrolières n’abandonneront pas facilement leur place dans le premier pays producteur de pétrole (selon l’Opep), et continuent d’investir, notamment dans l’Orinoco, considérée comme l’une des plus grandes réserves inexploitée de pétrole brut au monde (dont le Cerro Negro fait partie, à l’Est). Selon le New York Times, l’entreprise américaine Chevron et Repsol d’Espagne ont signé avec le Venezuela des accords en 2010 pour de nouveaux projets pétroliers dans l’Orinoco, pour plusieurs milliards de dollars.

Chavez is back
Début janvier, Chavez s’est affiché aux côtés d’Ahmadinejad, d’Ortega, de Castro et de Correa. Le 15 janvier, il rejette un organe de la Banque Mondiale, une manière de rappeller que la Banque du Sud existe bel et bien (depuis 2007, avec un capital réduit). Le 16 janvier, il a ordonné le rapatriement du consulat vénézuélien de Miami, après que les Etats-Unis ont réclamé l’expulsion du consul vénézuélien à Miami, Livia Acosta Noguera, pour espionnage. Chavez a réalisé sa traversée du désert, 11 mois de faiblesse liés à son cancer, sans trop de dommages.

Week-end historique : l’heure de l’intégration communautaire

C’est peut-être le futur équivalent de l’UE pour les Amériques, et ce n’est pas l’Organisation des Etats Américains. La Communauté des États latinos américains et des Caraïbes (Celac) a été créée ce weekend à Caracas en présence des représentants des 33 pays d’Amérique Latine et des Caraibes, sans les Etats-Unis et le Canada.

Le président mexicain, Felipe Calderon, a ouvert le sommet en parlant de « formidable aventure« , de « prospérité et de compétitivité« , de « sécurité » et de lutte contre la pauvreté et pour la santé« . Sous des applaudissements nourris il a ajouté (9’40)« J’en suis convaincu, c’est l’heure et la décennie de l’Amérique latine, pour cette raison nous devons nous hâter vers l’intégration… »

La Celac tentera entre autres de coordonner les activités de l’Unasur (Union des nations sud-américaines), du Mercosur (Marché commun du Sud) et de la CAN (Communauté andine des nations), sans pour autant les intégrer. La capacité de la Celac à exercer cette mission est remise en question par de nombreux analistes selon Reuters. Les prises de décisions se feront à l’unanimité. Le Chili présidera la Celac en 2012.

Officiellement, la Celac ne sera pas une alternative à l’OEA, qui siège à Washington, comme le désirait Chavez et ses alliés de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba), notamment Raphael Correa. Officieusement elle pourrait rapidement le devenir. Les Etats-Unis et le Canada sont exclus de ce nouvel organisme. Le sommet de Caracas a condamné l’embargo sur Cuba et a soutenu la revendication de l’Argentine sur les îles Malouines. Patrick Bele rappelle sur sur blog du Figaro que : « L’OEA a souvent été absente des problèmes les plus graves qui ont frappé le continent. Elle n’a jamais dénoncé le coup d’état au Chili du 11 septembre 1973, elle n’a jamais réagi à la guerre des Malouines qui a opposé l’un de ses membres, l’Argentine, à la Grande-Bretagne (1982). Elle est resté très discrète lors de l’invasion de la Grenade (1983) et du Panama (1989) par les troupes de Washington. Et surtout, elle continue à exclure Cuba de ses instances. « 

Latin Reporters évoque l’influence du Brésil au sein de cette nouvelle institution, qui est l’initiateur des premières pierres de l’édifice dès 2008. Dans un autre article, Reuters ne voit dans la Celac qu’un « test » pour Chavez, à un an de l’élection présidentielle au Vénézuela.

L’histoire des déboires et réussites de l’Union Européenne était en tête de tous les dirigeants les 3 et 4 décembre. Alors que l’UE ne traite que de politique et d’économie, la Celac prend en compte dès le début les aspects culturels et sociaux. Il n’est pourtant pas question d’un Etat fédéral. Selon l’article 23 de la Déclaration de Caracas, la souveraineté des peuples et des Etats n’est pas mise en cause. 600 millions de personnes sont concernées par ce nouvel organisme international.

Les portoricains de Calle 13

Le sommet de la Celac ne s’est pas terminé par une grande fête dans un hôtel cinq étoiles sous la protection de milliers de policiers, mais par un concert avec l’orchestre symphonique Vénézuelien et le groupe de reggeaton Calle 13, qui chantait : « je suis l’Amérique Latine, un peuple sans jambes mais qui marche« .